Intégration périlleuse

Le jour où sérieusement, nous avons pensé à l'école à la maison, c'est après qu'on ait su comment on intégrait les enfants avec handicap dans les écoles, de nos jours.


Du temps où j'étais éducatrice spécialisée, j'étais engagée pour 20 heures par semaine, divisant mon temps entre 2 enfants en trouble d'apprentissage et/ou de comportement. Ce qui leur donnait grosso modo 10h chacun par semaine, sur 4 jours.
La journée où je n'y étais pas et les heures où j'étais absente ou occupée avec un des deux enfants, l'autre ne fonctionnait pas très bien. Il était bien difficile de décider où j'étais la plus essentielle à quel moment. Et ça, c'est sans compter les autres élèves de première année à qui on me demandait de donner un coup de main. À la fin de l'année, un des deux élèves a redoublé sa première année (oui, c'était avant la réforme), et l'autre a été envoyé en classe de comportement.
C'était Montréal, c'était difficile...

Aujourd'hui, je suis confrontée à être la maman de l'élève intégré.
La dyspraxie est une déficience motrice, donc dans le DSM IV, c'est la cote 33 ou 34, selon.
Une cote de ce genre donne entre 3 et 5h d'accompagnement par semaine. Encore faut-il s'assurer de faire respecter la cote, qu'elle n'entre pas à l'école avec une cote floue qui sera semi-réévaluée.
Entre 3 et 5h d'accompagnement par semaine. Notre ergo nous dit qu'elle visera le 5h. L'orthopédagogue de la pré-maternelle "spéciale" où va Mélina chaque semaine nous dit que Mélina n'aura pas besoin d'accompagnement du tout.
Nous, on sait qu'une option ou l'autre, ce n'est pas l'idéal.
Non, je ne veux pas que ma fille ait quelqu'un qui lui tient la main à chaque pas de sa journée scolaire.

Mais pour une élève dyspraxique sévère, même s'habiller à son casier sera pour elle un grand défi. Plus de 2-3 consignes à la fois et elle se désorganisera. Il suffira que les enfants soient tous dans des ateliers différents pour qu'elle perde la carte et oublie ce qu'elle doit faire.
La dyspraxie vient avec beaucoup d'impulsivité dans le cas de ma doudoune. Elle veut plaire, mais son corps, une fois parti, ne sait pas toujours où s'arrêter. Lui demander de colorier tous les cercles en jaune sur une page, si elle n'est pas encadrée de proche, finira par un dessin recto verso et des couleurs multiples. Sans compter les fois où son crayon tombera, qu'elle oubliera ce qu'elle devait faire, sa feuille un peu déchirée ou froissée parce que ça demande de la manipulation avec les 2 mains.

3 à 5 heures, ça signifie environ 1h par jour... (et encore faut-il trouver quelqu'un qui se déplacera tous les jours juste pour 1h dans le fond de notre petite campagne).
Une heure d'adaptation du matériel, où on essaiera de diviser en petites étapes les tâches que Mélina aura à accomplir.
3 à 5 heures, ça laisse beaucoup de temps où elle sera laissée à elle-même.. un peu dysfonctionnelle, un peu perdue. Du temps où la prof ne pourra pas la tenir par la main et la guider. Du temps où elle verra les autres à travers ses yeux... Du temps précieux, où j'ai l'impression qu'on va perdre sa progression...

5 comments:

Isabelle 17 avril 2009 à 09 h 19  

Avoir un enfants "avec besoins particuliers" (quel terme, n'est-ce pas ?!), c'est tout un contrat pour les parents.

Je souhaite une belle collaboration avec l'enseignante de maternelle. Je souhaite un mois de septembre où on aidera Sophie à s'habituer à ses nouvelles routines. Je souhaite que nous puissions avoir la cote 34. Je fais confiance à Sophie, je pense que ça ira bien.

Miss Invisible 17 avril 2009 à 10 h 04  

Les capacités de l'enseignante, son ouverture aussi, ont beaucoup plus d'impacts que l'accompagnement je crois. Il est possible pour l'enseignante de placer l'enfant près d'elle pour pouvoir garder un contact constant. De préparer des horaires visuelles pour la soutenir, que Mélina ai à sa place une horaire personnalisée des tâches directes au travail demandé. C"est possible, si le professeur considère son succès important, l'effort y sera et le succès pourra suivre.

Mon plus jeune va en prématernelle, il a un retard de langage (presque disparu maintenant) mais aussi probablement de l'hyperactivité. Cette enseignante arrive à faire des miracles en 2 heures par jour. Elle a un groupe de 14 ou 15 élèves de 4 ans, tous avec des difficultés diverses (langage, comportements, 1 TED, autres...). Avec une routine constante, des repères visuels, une organisation, elle y arrive! J'ai passé un avant-midi avec eux et c'était impressionnant comment son groupe est rodé.

Septembre est toujours difficile, en particulier pour les élèves avec besoin, mais ensuite les plus vites prennent la routine et le reste fini par suivre. Rendu aux vacances de Noël, ça va habituellement bien...

La coupure est difficile par contre, pour nous, Mamans Couveuses. Difficile de faire confiance aux autres, je pense que c'est encore moins évident pour toi par déformation professionnelle.

Difficile décision...

Isabelle 17 avril 2009 à 15 h 18  

Salut, je te lis régulièrement mais ne réponds jamais mais cette fois j'ai une question.. Tu es éducatrice spécialisé de métier, est-ce que ce pourrait être quelque chose de possible pour toi d'appliquer sur ce poste à ta comission scolaire pour pouvoir faire toi-même le suivi de ta fille? Tu règlerais du même coup le problème du déplacement pour seulement une heure? Je me doute bien que ce ne se peut pas pour de multitudes raisons mais juste au cas...ca rassurerais beaucoup ta cocotte du même coup!
Quoiqu'il en soit, quelque soit ta décision (école en établissement ou à la maison) je te souhaite bonne chance et souhaite bonne chance à ta puce, elle est bien chanceuse d'avoir une maman comme toi.
Isa

Miss Invisible 18 avril 2009 à 17 h 56  

Un autre point... POur mon fils, étant donné que j'étais à la maison, l'école a permis une intégration prolongée. Il a fait du temps partiel pour presqu'un mois, donc seulement une routine a assimiler. Les matins représentant le plus grand nombre de transitions, il les a fait pendant 3 semaines pour finir 4e semaine avec la routine de PM et la 5e semaine a temps complet. Encore une fois, tout dépend de l'ouverture de la direction.

floflo 22 avril 2009 à 13 h 15  

ne baisse pas les bras,je sais ce que sais d'avoir un enfants DYS,meme si sur le coup ,on ne comprend pas tout,mais maintenant il reprend confiance en lui,c'est très important le regard des parents ,je pense bien à vous!bz!

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Le quotidien d'une superbe fillette différente. Dyspraxie, syndrôme frontal, trouble déficitaire de l'attention avec impulsivité et trouble anxieux.
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