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Le travail "autonome"

Avec Mélina, depuis quelques temps, nous travaillons le "travail autonome".

Commencé en ergo, dans un contexte somme toute calme et sans trop de distraction, je le poursuis à la maison. On est loin d'un contexte de classe, bien évidemment, mais c'est un début.

Les matins où on fait un peu "d'école à la maison", je pratique de plus en plus Mélina à s'organiser dans son travail. Elle me sait proche d'elle (je reste assise à table avec elle), donc si elle a des questions, elle est rassurée de pouvoir me les poser. Mais généralement, je le fais avec des travaux simples, qu'elle aime faire et je la motive à ne pas me demander mon aide ou mon approbation.

Cette semaine, elle avait une feuille avec des pommiers. Sur le tronc du pommier, un dessin de pommes avec des points dedans. De 2 à 7. L'idée était de savoir combien de points sur la pomme du tronc, puis de colorier le même nombre de pommes dans le pommier.
Pour Raphaël, c'est simple. Peu importe quel arbre il fait en premier et la technique qu'il emploie, il est capable de s'auto-corriger au fur et à mesure, de compter dans sa tête pendant qu'il dessine les pommes, de visualiser il est rendu à combien rapidement, s'il oublie.

Pour Mélina, c'est un joli défi. Qu'elle a relevé haut la main, pas sans fierté!!! :)
Les trucs appris en ergo et ceux que je lui donne sont souvent difficiles à généraliser à d'autres sphères de sa vie. J'ai fait celui des 7 pommes avec elle, lui rappelant les trucs qui pourraient l'aider.
Vous vous demandez comment une puce dyspraxique de 5 ans tente de s'organiser?
Elle doit d'abord trouver dans quel ordre faire les arbres, son balayage visuel sinon ne lui permet pas toujours de voir celui qu'elle a oublié de faire. 
Elle devait ensuite compter les petits points, mais comme c'est petit, c'est difficile de dénombrer. Je lui ai suggéré de barrer les points qu'elle comptait au fur et à mesure pour ne pas les compter 2 fois, mais elle n'a pas eu besoin!
Ensuite, elle doit se souvenir du chiffre et compter en même temps qu'elle colore les pommes. Mélina adore le coloriage et est souvent impulsive avec un crayon dans les mains. Elle colore et colore et ne sait plus où s'arrêter.. ou continue après avoir pourtant terminé la portion du travail, coloriant ainsi d'autres pommes ou le tronc ou le mauvais arbre. Un autre défi pour elle était de ne pas compter fort, puisque Raphaël travaillait aussi à côté. 
Elle a fait les 5 autres pommiers seule, puis a déposé son crayon, souriante!
J'ai même vu de l'auto-correction, je la voyais aller et je me doutais qu'elle ne comptait plus et ne faisait que colorier, puis elle s'est soudain arrêtée, a compté et a dit "oups"... elle a pu me dire qu'il y en avait un de trop de colorié! Belle victoire!!

On a donc fait 4 pages de livre Croque-Maternelle .
Puis, avec une feuille avec de longs rectangles plastifiés et des lettres plastifiées, ils devaient reproduire le mot écrit en haut.
Mélina adore ce jeu, elle reconnait bien ses lettres, sait en nommer quelques-unes et apprécie voir les mots qu'elle me demande et les reproduire seule.

En faveur de...

Pris sur mon blog général, je le transfère ici parce qu'il concerne directement Mélina.


Voici une liste d'arguments face à la scolarisation à la maison. Voici mon opinion et mes idées sur quelques-uns de ces points, face à ma fille et à ses difficultés et ses forces à elle.

Renforcir les liens familiaux
Il est clair que pour une question d'horaires de mon conjoint, c'est la façon idéale (et presque unique) de s'assurer que notre fille aura des moments en famille. Il travaille de soir et de weekend, la plupart du temps.

Apprendre à connaître nos enfants

Apprendre tout en partageant avec nos enfants

Je trouve fascinant de voir mes enfants évoluer dans leurs apprentissages. Je me souviens tout le plaisir que j'avais, petite, à découvrir toutes ces choses. Les lettres, les manipulations d'objets pour apprendre à compter, les histoires, les jeux. J'adorais l'école pour tout ce que je pouvais y découvrir. Je vois pleins de possibilités facilement réalisables à la maison et très stimulantes pour un enfant, à tous les jours.

Eduquer selon les besoins individuels de nos enfants

Capacité de s’adapter au style d’apprentissage des enfants

Voilà qu'en ayant une petite fille avec une déficience motrice, je sais qu'elle pourra apprendre dans un milieu adapté à SES besoins et à SA vitesse.

Capacité de poursuivre les intérêts des enfants

Je suis 100% d'accord avec l'idée de mettre en contact les enfants avec une variété de sujets. La connaissance générale est très importante. Mais comme chaque enfant a ses propres intérêts, et que ceux-ci varient avec le temps, pourquoi ne pas apprendre à résoudre des problèmes avec des dinosaures, des chevaliers ou les planètes plutôt qu'avec des bâtons de bois. Si ça aide à bien comprendre, si on s'amuse en même temps, et si on en profite pour en apprendre un peu plus sur un sujet qui nous fascine, c'est génial!

Respect du rythme naturel de l’enfant

Ça rejoint ce que je disais avec la vitesse d'apprentissage de ma puce.

On passe plus de temps sur ce qui est difficile, plutôt que de juste accumuler du retard dans certaines sphères.

Appréciation de la flexibilité d’horaire

Et si ça me permettait d'amener ma fille faire l'épicerie le lundi, pas dans le brouhaha du weekend. Et qu'ensemble, on apprenait les quantités, les notions d'argent, lire une liste, organiser ses emplettes.

Respect de la personnalité de l’enfant

Et il y a aussi des journées où on a le droit de ne pas en avoir envie, non?

Offrir plus de temps libres aux enfants

C'est un bel apprentissage, ça, non? Avoir du temps libre et savoir s'occuper seul?


Permet aux parents d’être une influence pour leurs enfants

Inculquer les valeurs qui nous sont importantes. Les mettre en contact avec d'autres valeurs, mais s'assurer que notre amour et notre fierté seront toujours les plus belles motivations.


Utilisation d’une méthode d’apprentissage variée

Encore une fois, mon exemple de l'épicerie. Aller à la ferme, rencontrer des gens et voir de nos yeux toute la théorie. Visiter des régions du Québec. Apprendre les fractions en cuisinant un dessert. 


Profiter de la nature, de la température et de son environnement

Une récréation de 15 minutes dans une cour en asphalte, ce n'est pas que ça la vie!!

Les sciences naturelles dans le bois derrière chez moi seraient tellement plus fascinantes!


Participation active de l’enfant à une vie familiale normale

Apprendre à vivre, c'est aussi apprendre à gérer une maison, à faire les commissions, à s'occuper parfois seul, à cuisiner, etc.


Préférence sur l’enseignement individuel (un à un)

Ça s'est avéré très efficace pour Mélina depuis le début de ses suivis de spécialistes.


L’enfant développe de l’autonomie face à sa propre éducation

Et une confiance en ses moyens.


Journées trop longues à l’extérieur du foyer

Ça n'a jamais été un facteur, mais à voir les longues journées avec le transport scolaire, le retour à la maison et les devoirs.....


Enfants avec des besoins supplémentaires laissés à eux-même

Le rythme d'une classe suit la moyenne. Pas l'enfant plus lent...


Peu d’heures consacrées à l’éducation physique

Tellement d'occasions pour bouger, suivre des cours de sport, aller dehors, au parc!


Un enfant peut passer de longues périodes sans avoir eu une attention individuelle de la part d’un adulte 

Dans le cas d'une enfant dyspraxique comme ma fille, ça signifie automatiquement désorganisation.


Perte d’estime de soi de l’enfant

C'est NOTRE élément-clé. On ne laissera pas l'école miner la motivation, le travail acharné et la détermination de Mélina. Si on s'en va vers ça, l'école "normale" n'est pas pour elle. 


L’idée au départ venait du conjoint

Croyez-le ou non. Ici, c'est ça. C'est papa qui en a eu l'idée. Et même si c'est maman qui le ferait, papa l'appuie à 200%. 


L’enfant a un handicap

Voilà. Et ça semble complexe, l'administration et la gestion de tout ça, je dois vous dire.

 

Inconvénients

Parents stressés quant à savoir si leurs enfants prennent du retard ou non

Je suis pas mal convaincue que ma fille en prendra. Par contre, si elle n'est pas sans cesse comparée aux autres, elle ne le vivra pas comme un échec et progressera à son rythme.

Difficulté à trouver des ressources adéquates pour les enfants avec des besoins supplémentaires, car l’accès à ces ressources est limité car les enfants ne sont pas en milieu scolaire

Faut en être conscient. Et voir si ça vaut le risque.


Exige beaucoup de temps et de patience de la part des parents

Du temps, on en a. De la patience, on y travaille.


L’organisation supplémentaire pour les parents

Notre vie est déjà organisée au quart de tour. On prend l'habitude. Et c'est si motivant!


Les frais reliés aux déplacements, aux achats de livres et de matériel éducatif, aux cours spécialisés, aux ressources extérieures, aux consultations privées, aux activités hors scolaire et au gardiennage occasionnel

À regarder les frais du service de garde, cet argent pourra servir facilement à combler une bonne partie des dépenses.


Les parents qui doivent toujours débattre leur choix face à leur entourage

Notre famille sait notre projet. Et ils sont très d'accord. Les amis proches aussi. Ça nous a enlevé tout le poids du monde, ça. Les autres... on apprend à s'en foutre un peu, non? Un jour, on leur prouvera.

Pression sociale face à un choix qui sort de la norme

Le mot "norme" est sorti d'ici il y a si longtemps. On ne fera pas comme tout le monde juste parce que tout le monde le fait!


Cheminement différent...

Lorsqu'on nous a annoncé que Mélina était dyspraxique, on a été sous le choc. Longtemps.

Oui, ça faisait du sens. Oui, ça expliquait bien des choses. Oui, enfin, on avait des réponses.
Mais tout ça était aussi très inconnu.

Depuis, nos réflexions changent, face à la dyspraxie de Mélina.
Au départ, tout était simili expliqué par son handicap. Puis, on est revenus à penser que malgré son trouble, elle était AUSSI une petite fille de 5 ans avec sa propre personnalité.
Oui, les crises pouvaient être expliquées par sa dyspraxie, mais elles n'étaient tout de même pas acceptables, pour ne nommer que cela.

On jongle, entre les méthodes normales de discipline et d'éducation et les méthodes adaptées à son trouble et ses différentes caractéristiques. On jongle également entre l'état de fatigue et celui d'entière collaboration de Mélina, entre sa spontanéité mais aussi, ses grands excès. Entre sa bonne humeur et son irritabilité, qui cohabitent 24h sur 24, chacun prêt à laisser sa place à l'autre sans pré-avertissement!!

Dans tout notre cheminement, on réussit parfois. On échoue aussi parfois. On essaie, on recommence, on essaie différemment, on revient avec des vieilles méthodes, on en essaie des nouvelles, on stagne avec une qui, on le croit, finira par faire son chemin...
Une idée nous est passée par la tête, il y a quelques mois. Suite à une discussion avec l'ergothérapeute face à l'avenir scolaire de Mélina.

Cette idée, c'est l'école à la maison.
Comble de bonheur, la belle-famille a été mise au courant et supporte notre projet. L'idée vient de Chéri et serait assumée par Moi-même, et parfois aussi par Chéri.

Notre motivation se résume presqu'uniquement en une seule chose. Préserver la motivation et l'estime de soi de notre doudoune. Elle est travaillante. Très. En un à un, elle travaille fort, ne baisse que rarement les bras, se félicite de ses progrès, est fière de les partager avec nous. Avant longtemps, elle sera confrontée froidement à l'échec et à la comparaison, ainsi que fort probablement, aux remarques des autres enfants. Au départ, anodines, mais qui finiront rapidement par se transformer en moqueries, en remarques désobligeantes, possiblement même en rejet.
Plusieurs enfants sont rejetés sans caractéristique particulière ou sans handicap. Mais on est conscients que Mélina y est plus fragile. Et que sans sa motivation presqu'inébranlable, elle cessera de travailler si fort. Et si elle baisse les bras, le retard s'accumulera très rapidement.

Le but de l'école, c'est de préparer les enfants à la vie d'adulte, entre autres. Encore faut-il y être capable d'apprendre la base. 
Pour l'instant, nous avons décidé de tenter la maternelle. L'école nous dit "non, pas d'accompagnement". L'ergothérapeute nous dit "oh oui, il lui en faut". Quand on finit par parler de "si", on nous dit "entre 3 et 5 heures par semaines".
Personne n'a jamais pensé que même les routines entre les périodes pour Mélina seraient difficiles. Que même la récréation serait un obstacle. Que dîner au service de garde, prendre l'autobus, organiser son pupitre et gérer ses devoirs seraient gigantesques!

On attend impatiemment la rencontre pour le plan d'intervention. Mais notre porte de sortie est entrouverte. Et on y plongera à pieds joints à la moindre hésitation.

À propos...

Le quotidien d'une superbe fillette différente. Dyspraxie, syndrôme frontal, trouble déficitaire de l'attention avec impulsivité et trouble anxieux.
Pour vous prouver que la perfection n'est pas là où on la croit!

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